Les défaillances d’entreprises reculent de 3,9% au 1er trimestre 2017

La sinistralité des entreprises recule de 3,9% (vs T1 2016) dont 17% pour les seules PME.

Le nombre d’emplois menacés tombe sous 44 500 loin des 73 700 emplois comptabilisés au 1er trimestre 2009

 

« En 2016, l’indicateur des défaillances d’entreprises avait déjà donné toute la mesure d’une reprise de l’économie réelle que le chiffre d’une croissance poussive (1,1%) semblait vouloir tempérer ; le nombre des ouvertures de procédures collectives retombait enfin, et largement, sous le plancher des 60 000 défaillances annuelles (58 000) pour la première fois depuis début 2009. » Rappelle Thierry MILLON, Directeur des études Altares.

« Ce début d’année 2017 poursuit ce mouvement et fait à son tour sauter un autre verrou inviolable depuis le début de crise ; moins de 16 000 jugements (15 600 ; -3,9%) ont été prononcés sur les trois premiers mois, un nombre au plus bas depuis début 2008 (14 600). L’amélioration est encore très sensible chez les PME (-17%) conduisant à ramener le nombre d’emplois menacés par ces défaillances à 44 400 ; c’est près de 12 000 emplois préservés par rapport au récent pic du premier trimestre 2015 et 29 000 par rapport à début 2009. ».

Altares-Chiffres défaillances France T1 2017

15 667 faillites : le meilleur chiffre depuis le 1er trimestre 2008.

Sur dix ans comme sur cinq ans, chaque premier trimestre compte en moyenne 16 700 ouvertures de procédures collectives ; Ce début d’année en comptabilise un millier de moins, permettant d’entamer 2017 pour la première fois depuis début 2008 sous le seuil des 16 000.

15 667 défaillances d’entreprises ont été enregistrées soit une baisse de 3,9% par rapport au premier trimestre 2016. 69% d’entre elles sont des liquidations directes soit 10 802 entreprises (-3,8%). 29% des jugements sont des redressements judiciaires soit 4 509 (-4,6%) et 2 % sont des sauvegardes soit 356 (+1,7%). La distribution des jugements par nature de procédure varie peu sur cinq ans.

La sinistralité des plus petites entreprises ne recule pas.

Les trois quarts des jugements sont prononcés sur des entreprises de moins de trois salariés, soit environ 11 700 structures, comme un an plus tôt. Stable pour les microentreprises, la tendance est en revanche très nette pour les PME. Au-delà de 10 salariés, les PME enregistrent une baisse du nombre de défaillances de plus de 17%.

Les entreprises de plus petite taille se présentent devant le tribunal dans une situation souvent compromise, conduisant ce dernier à ouvrir directement une procédure de liquidation judiciaire. C’est ainsi le cas pour 73% des structures de moins de trois salariés ou 64% de celles comptant 3 à 5 salariés, et encore 54% pour les plus grandes TPE (6 à 9 salariés). A l’inverse, si la moitié des PME de 10 à 19 salariés a encore le risque d’être immédiatement liquidée, ce taux tombe ensuite progressivement jusqu’à atteindre moins d’une sur dix pour les plus grandes PME (au-delà de 100 salariés).

Moins de 3 emplois menacés en moyenne par défaillance d’entreprise.

La dynamique très favorable observée sur le front des PME favorise le maintien de l’emploi. En moyenne sur cinq ans, chaque premier trimestre menaçait plus de 58 000 emplois directs face aux défaillances ouvertes ; ce nombre a même dépassé 66 000 début 2015 et 73 000 début 2009. Sur ces trois premiers mois 2017, 44 400 emplois directs sont placés en sursis.

« Au-delà de ces valeurs brutes, et souvent brutales, le nombre d’emplois menacés rapporté à chaque entreprise défaillante illustre davantage l’amélioration observée début 2017 » insiste Thierry MILLON. « La moindre fragilité des PME permet de ramener à 2,8 emplois le nombre d’emplois en sursis pour chaque défaillance ; ce taux était encore de près de 4 emplois (3,9) il y a cinq ans et encore 3,5 début 2016. »

Le bâtiment poursuit son redressement, le commerce hésite, l’agriculture continue sa chute.

L’amélioration est toujours dynamique dans la construction (-10,6%) portée par le second œuvre du bâtiment (-10%) qui représente presque la moitié des défaillances d’entreprises du secteur (2081 sur 4108). Le gros œuvre reste dans le vert (-2,9%), mais sous la moyenne globale tous secteurs confondus (-3,9%). Le bâtiment continue de bénéficier notamment de la meilleure conjoncture de l’immobilier qui se caractérise par une forte baisse (-13,5%) des défaillances d’agences immobilières.

Le commerce est un peu plus à la peine en ce début d’année (-0,6% ; 3547 défaillances), notamment dans le détail alimentaire et les magasins multi-rayons (+12%) et plus encore en soin de la personne (+26%) qu’il s’agisse de la pharmacie, de la vente au détail d’appareils médicaux, de parfumerie ou d’optique.

La restauration retrouve des couleurs, notamment la restauration traditionnelle (-7%). Si les liquidations judiciaires sont aussi nombreuses en ce début d’année qu’un an plus tôt, les redressements judiciaires baissent en revanche très fortement (-17%).

La situation se tend à nouveau nettement en revanche pour les salons de coiffure (+10%) alors que les activités de soins de beauté demeurent dans le vert (-6%).

Parmi les autres activités à destination du consommateur, celles de la santé humaine restent fragiles ; les défaillances sont en hausse chez les infirmiers, professionnels de la rééducation ou ambulanciers, et dans une moindre mesure chez les médecins généralistes et dentistes.

Dans un tout autre registre, les professionnels de l’enseignement de la conduite connaissent une forte augmentation de la sinistralité (+37%).

L’industrie est naturellement davantage orientée B2B, mais c’est pourtant une activité B2C qui fait basculer le secteur dans le rouge (+1,1%). En effet, le tiers des 1128 défaillances d’entreprises industrielles se situent en agroalimentaire dans les produits de boulangerie-pâtisserie et pâtes, une activité qui dérape de 13%. L’industrie manufacturière demeure sur une bonne trajectoire (-4%).

Les services aux entreprises et les activités d’information et communication (-7%) s’inscrivent sur une bonne dynamique, contrairement au secteur du transport et de la logistique (+12%) essentiellement dans le transport routier de voyageurs (+46%) ;

L’agriculture présente des résultats très inquiétants (+20%). Parmi les activités sous forte tension, nous trouvons le soutien à l’exploitation forestière, la culture du riz ou l’élevage de vaches laitières. L’agriculture peut toutefois se prévaloir de bénéficier plus fréquemment que la plupart des autres secteurs d’une solution de redressement judiciaire. En effet, tandis qu’en moyenne, 68,9% des jugements prononcés par les tribunaux sont des liquidations directes, ce taux tombe à moins d’un sur deux (47%) pour l’agriculture ; seuls les métiers de la santé font mieux (44%).

Les régions sont pour la plupart bien orientées.

Les grandes régions Auvergne – Rhône-Alpes et Nouvelle – Aquitaine basculent dans le rouge (+ 2%) mais ce sont essentiellement les ouvertures de redressement judiciaire, plutôt que les liquidations judiciaires, qui augmentent dans ces régions (respectivement +8% et +11%), signe que les entreprises se sont présentées devant le tribunal suffisamment tôt pour faire valoir des perspectives de rebond.

La Corse ne parvient toujours pas à retrouver une bonne dynamique. Les défaillances d’entreprises y augmentent de 10%. La tendance est également défavorable dans les départements d’Outre-Mer, en particulier la Réunion (+12%).

Dans les autres régions, les défaillances d’entreprises reculent. Le podium est composé des régions de la pointe Ouest, Bretagne, et Pays de la Loire (-14%) suivies de Centre – Val-de-Loire (-12%).

En Provence-Alpes-Côte-D’Azur, les défaillances d’entreprises reculent à peine (-1,1%), mais cette région se distingue par le taux de liquidations directes (57,6%) le plus faible de la France métropolitaine et très inférieur à la moyenne nationale (68,9%). Seule la Corse s’en approche (58,7%). Mais c’est à la Réunion que la chance d’obtenir une solution de redressement est la plus forte ; le taux de liquidation directe y est de seulement 52,5%.

Altares-Carte-Evolution des défaillances France T1 2017

L’analyse de Thierry Millon, Directeur des études d’Altares

 « Alors que la croissance patine encore en ce début d’année 2017, les entreprises – elles – ont accéléré !

Les trésoreries de reprise avaient été placées sous forte tension en 2015 provoquant des retards de paiement au plus haut sur dix ans et par voie de conséquence des défaillances d’entreprises entrainant un nouveau record de sinistres sur le premier trimestre 2015. Depuis, la phase de réamorçage des trésoreries s’est opérée et un retour à un fonctionnement moins tendu a permis de retrouver des retards de paiement plus usuels. Ceux-ci ont même établi un nouveau record, mais à la baisse cette fois, sur le second semestre 2016 (étude Altares 13 avril 2017). Ces bons chiffres des comportements payeurs suggéraient alors que les relations interentreprises s’équilibraient au profit de transactions commerciales plus régulières et pérennes, permettant, par conséquent, de réduire la sinistralité des entreprises ; c’est le cas ce premier trimestre 2017. Les affaires s’accélèrent. La reprise n’est plus seulement au coin de la rue mais bien dans les carnets de commandes qui se regarnissent plus généreusement. » 

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Thierry Millon
Thierry Millon
Directeur des études chez Altares D&B
Spécialiste des données et informations BtoB Thierry possède une connaissance pointue sur l’univers des entreprises, allant des sociétés du CAC 40 jusqu’aux TPE. Il intervient régulièrement comme expert et conseil auprès de nombreuses organisations professionnelles, d’organismes publics et de medias. Dès la fin des années 80, Il participe à la création d’une des premières bases de données d’information sur les entreprises avant d’intégrer quelques années après le groupe Dun & Bradstreet.

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