Etude-Retards de paiement T1 et T2 2017: les délais à un plus bas historique.

Comportements de paiement des entreprises et organismes publics en France et en Europe au T1 et T2 2017

délais de paiement

Le verrou des 11 jours a enfin sauté !

« Inenvisageable durant le long tunnel de crise, inespéré il y a seulement deux ans lorsqu’ils approchaient 14 jours, le défi de ramener les délais de paiement sous le seuil des 11 jours serait-il enfin gagné ? » interroge Thierry Millon, Directeur des études d’Altares.
Il y a plus de vingt ans, lorsqu’Altares (alors Dun & Bradstreet France) lançait son premier Observatoire des comportements de paiement des entreprises, le délai contractuel dépassait les 70 jours et le retard moyen approchait 20 jours. Aujourd’hui, le délai contractuel avoisine 50 jours et le retard tombe juste sous 11 jours. En 20 ans, les fournisseurs ont donc réussi à faire rentrer leur chiffre d’affaires un mois plus tôt.
« Réglementation, prévention mais aussi sanctions ont été essentielles pour accélérer l’encaissement des factures. Mais plus encore, c’est la prise de conscience du danger que fait peser le non-respect des délais de règlement sur le développement des entreprises qui sera la clé du changement durable des comportements de paiement. » insiste Thierry Millon.
Au printemps 2015, le retard moyen de règlement des factures fournisseurs se situait à 13,6 jours. Il se réduisait d’une journée en début d’année 2016 (12,6 jours) puis tombait sous les 12 jours au cours du second semestre 2016. 2017 était placé sur les bons rails mais jamais encore le verrou des 11 jours n’avait sauté ; c’est désormais chose faite avec des retards à 10,93 jours.
En Europe, le seuil des 13 jours reste quant à lui toujours infranchissable (13,2 jours) mais l’intérêt est ailleurs. Le leader historique, l’Allemagne (6,8 jours) cède son fauteuil de champion au voisin néerlandais (5,9 jours) tandis que le Royaume-Uni (14,7 jours) amorce un retournement défavorable, contrairement à l’Espagne (11,9 jours) qui veut désormais disputer à la France la troisième marche du podium européen.

Le secteur privé poursuit une amélioration plus sensible depuis le second semestre 2016, notamment dans les sociétés commerciales qui, sur un an, ont réduit leurs retards de paiement d’environ une journée. Des effets de taille persistent néanmoins. Les artisans (8,3 jours) sont les structures du privé respectant le mieux les délais de paiement. Les SARL se situent dans la moyenne (10,8 jours) et les SA demeurent au-dessus (12,1 jours).
Le secteur associatif peine davantage à améliorer ses comportements de paiement, en particulier dans les activités culturelles (12,5 jours).
Dans le secteur public, les comportements de paiement s’améliorent peu ou se dégradent légèrement. Dans l’administration de l’État, le retard moyen de règlement s’allonge à 12,9 jours dans les services déconcentrés qui assurent localement le relais des décisions centrales, en particulier pour ceux à compétence nationale (15,3 jours) ou interrégionale (16,1 jours).
Le dépassement des délais de paiement contractuels s’alourdit également à l’échelle du département (13,2 jours) et reste élevé dans les régions (18,8 jours) tandis que les communes sont davantage respectueuses des délais convenus (7,1 jours).

Les entreprises payées rapidement par le client sont davantage susceptibles de pouvoir régler leurs fournisseurs sans retard.
Le palmarès des secteurs les plus performants est toujours dominé par le bâtiment dont près de 60 % des acteurs, beaucoup d’artisans, règlent leurs factures sans retard.
Parmi les activités dont plus de la moitié des structures payent à l’heure, nous trouvons les débits de boissons (59,5%) et services de réparation à destination du particulier (58,7 %)
L’agriculture présente elle-aussi plus d’un payeur sans retard sur deux (51,1 %), un taux lesté par l’élevage qui tombe sous les 50 % à 48,7 %.
À l’inverse, seulement le tiers environ des structures respectent les dates de facture dans le transport et logistique (28 %), l’information et communication (31,6 %) ou l’industrie (35 %).

La France sur le podium européen

En Europe, les comportements de paiement se sont améliorés progressivement en 2016 mais bloquent toujours sur le seuil des 13 jours (13,2).
L’ Allemagne et les Pays-Bas continuent de tirer la performance européenne avec des retards de paiement très faibles, mais depuis le début de l’année, ce sont les entreprises néerlandaises (5,9 jours) qui s’imposent devant leurs voisines allemandes (6,8 jours) qui n’avaient plus cédé le fauteuil de leader depuis fin 2010, début 2011.
L’Espagne, au pied du podium, derrière la France (10,9 jours) poursuit sa trajectoire remarquable visant des habitudes de paiement plus en ligne avec les pratiques européennes. Il y a sept ans, en pleine crise, les entreprises espagnoles présentaient des retards de plus de 23 jours ; désormais, le dépassement des délais contractuels est réduit à 11,9 jours, soit seulement 1 jour de plus qu’en France.
Derrière ces pays montrant l’exemple, le Royaume-Uni hésite encore. En début d’année 2017 les retards de paiement des entreprises britanniques (14,3 jours) se rapprochaient de la moyenne européenne (13,2 jours) mais dès le deuxième trimestre l’amorce d’un durcissement refait surface (14,7 jours) repoussant l’espoir d’un retour sous les 14 jours, un seuil en-dessous duquel le Royaume-Uni n’est jamais redescendu depuis le début de la crise.

La conclusion de Thierry Millon

« L’analyse Altares des balances âgées des entreprises constate une baisse des retards de paiement qui traduit un changement des comportements. Le mouvement est lent mais la tendance est claire.
Certes, les sanctions qui ont accompagné la prévention ont permis de faire évoluer les habitudes. L’étude du cabinet Teresa Monroe réalisée en amont de la 4e édition des Assises et des Prix des délais de paiement dont Altares est un des fondateurs, le confirme ; le quart des dirigeants d’entreprises de toute taille répondent avoir fait évoluer leurs comportements de paiement du fait du renforcement des contrôles. Ils sont même un sur deux dans les grandes entreprises.
Et ces contrôles sont encore insuffisants aux yeux de certains dirigeants. Même quelques décideurs grands donneurs d’ordre regrettent que leurs organisations s’attachent essentiellement au suivi des encaissements clients et encore insuffisamment à celui des règlements fournisseurs. Si clients et fournisseurs font le même constat du nécessaire besoin de lutter contre le non-respect des délais de règlement, alors le défi de ramener durablement les retards de paiement sous le seuil des 11 jours voire plus bas peut être raisonnablement relevé ! »

Pour télécharger l’étude complète

Thierry Millon on LinkedinThierry Millon on Twitter
Thierry Millon
Thierry Millon
Directeur des études chez Altares D&B
Spécialiste des données et informations BtoB Thierry possède une connaissance pointue sur l’univers des entreprises, allant des sociétés du CAC 40 jusqu’aux TPE. Il intervient régulièrement comme expert et conseil auprès de nombreuses organisations professionnelles, d’organismes publics et de medias. Dès la fin des années 80, Il participe à la création d’une des premières bases de données d’information sur les entreprises avant d’intégrer quelques années après le groupe Dun & Bradstreet.

Vous aimerez aussi...

X