Instantané pays D&B – Chine: entre luttes intestines et dynamisme de marché.

Sur fond de crise éco-diplomatique entre les Etats-Unis et la Chine, D&B nous fait part de son analyse mensuelle de la situation qui, malgré quelques enjeux de fond qui prendront du temps à être solutionnés, met l’accent sur une stabilité politique et de marché rassurante. Seule la situation du crédit se détériore et présente des éléments de préoccupation.


Les fondamentaux

  • Les hausses salariales constantes observées au cours des années 2010 ont fait grimper le revenu disponible et les niveaux de richesse métropolitaine considérablement.
  • Les prévisions de ventes positives pour une gamme de services et de secteurs axés sur la consommation sont encore crédibles dans de nombreuses zones urbaines de premier ordre.
  • Le cycle financier de la Chine entre dans une phase plus difficile après au moins une décennie de mauvaise répartition du crédit et du capital.
  • L’héritage de la politique de l'”enfant unique” (1979-2016) va influer très rapidement sur la pyramide des âges et va aboutir au pire vieillissement de population dans l’histoire récente du monde et affecteront l’économie jusqu’en 2020.

Évolution majeure
La proposition de mettre fin à la limite de deux mandats pour la présidence de la Chine met à jour les luttes intestines entre les factions au pouvoir, la gouvernance et les bénéficiaires historiques de la corruption.

Environnement commercial et business

Les organismes de réglementation ont ordonné aux banques de procéder à un examen de l’exposition de cinq grandes sociétés emprunteuses en juillet 2017 pour évaluer leur impact potentiel sur un risque systémique. En janvier, les médias d’État ont reçu des consignes pour minimiser les problèmes financiers de ces entreprises surendettées, y compris le groupe HNA (un des plus gros conglomérats de pays), centré sur les actifs liés aux compagnies aériennes, et le groupe Dalian Wanda, centré sur les biens immobiliers. Les deux ont montré des signes de détresse financière, voire un risque important de défaut de paiement. Les autorités ont fait pression sur ces conglomérats, qui pourraient déstabiliser le système financier, pour qu’ils se départissent rapidement d’actifs pour leur survie.

Anbang Insurance Group a été nationalisé en février, lorsque l’organisme de réglementation de l’assurance (le CIRC, par ailleurs soupçonné de corruption en 2017) a pris la décision de reprendre les rênes de la gestion. Employant 40 000 personnes et ayant acquis 315 milliards d’USD d’actifs depuis 2014, l’établissement représentait un risque financier systémique.
Aujourd’hui, les emprunteurs sont incités à accepter des échéances plus courtes et des taux d’intérêts plus élevés afin que les banques réduisent leur exposition au risque.
Fin 2017, la HNA a été elle-même contrainte d’emprunter des billets à échéance un an à presque 10%.

D&B Credit Chine

Risques et opportunités

La ” prise de pouvoir ” dissimule la lutte entre factions.
On l’a vu, en février, les médias d’État ont annoncé la limitation de la durée du mandat de la présidence de la Chine, peu de temps avant que les deux sessions législatives de la Chine ne créent un nouveau gouvernement en mars pour un mandat de cinq ans. La présidence, assurée par le secrétaire général du parti Xi Jinping depuis 2013, est l’un des trois plus hauts postes du pays, les deux autres étant secrétaire du parti et président de la commission centrale militaire, l’organe suprême du parti et de son bras militaire, l’Armée Populaire de Libération.
Il s’agit de la première réforme constitutionnelle en 14 ans et elle modifiera la durée du mandat de président pour la première fois depuis 1982.

On a généralement l’impression, à l’étranger et en Chine, qu’il s’agit d’un retour vers une dictature centrée sur la personnalité et l’autoritarisme charismatique de l’ère pré-réforme de la Chine.
Dun&Bradstreet croit qu’au lieu de cela, ce mouvement est le résultat des intenses luttes de faction au travail au sein de l’appareil chinois depuis 2012, lorsque Xi est devenu pour la première fois secrétaire du parti sans l’aide d’aucune faction puissante, avec l’étiquette de candidat de compromis.  Xi a d’ailleurs eu beaucoup de mal à maîtriser la puissante faction de Shanghai de Jiang Zemin qui a dominé la vie politique et qui a tiré parti de la corruption pendant deux décennies, en dépit du fait qu’il a ostensiblement cédé le pouvoir à la faction de la « Ligue de la jeunesse communiste » entre 2002 et 2012.

Depuis lors, Xi et ses principaux alliés ont mené une guerre entre factions afin de contrôler celle de Shanghai pour assurer sa survie, surprenant ses rivaux par sa ténacité et sa combinaison de tactique et de stratégie. Les secteurs militaire, financier et énergétique ont été la cible de la discipline du parti et de l’appareil judiciaire pour purger l’influence de Shangaï. Le changement constitutionnel, au regard de la résistance interne à tous les niveaux du Parti a été proposée relativement hâtivement. C’est pourtant tout autant un signe de faiblesse pour le nouvel environnement politique de Xi qu’un signe de domination incontestée pour l’homme.

En tant l’état actuel des choses, il est difficile de savoir s’il présage un renforcement de la certitude politique et de nouveaux progrès dans les réformes systémiques ou si cela annonce d’autres luttes intestines entre factions.

Potentiel marché

Les prémices d’une guerre commerciale
Après que les États-Unis ont instauré des tarifs unilatéraux sur les importations d’acier et d’aluminium, le ministère du commerce chinois a indiqué qu’il envisagerait des ” mesures efficaces ” pour sauvegarder les intérêts de la Chine ” sur la base d’une évaluation des dommages causés par cette décision. Mais cette dernière, en réalité, n’a qu’un effet limité sur les exportations chinoises car, par exemple, le taux de 10% déjà existant sur l’aluminium n’a affecté que 15% des exportations en 2016.

Toutefois, les mesures américaines ciblant les pertes de propriété intellectuelle et l’exclusion du marché en Chine auront tendance à tendre les relations bilatérales et le charbon, l’aérospatiale et les produits agricoles américains sont vulnérables aux contre-mesures chinoises. En janvier, une enquête sur le dumping et les subventions a été diligentée sur les exportations américaines de sorgho vers la Chine (plus de 5 millions de tonnes en 2017) la troisième plus grosse exportation de céréales des Etats-Unis.


Profil pays et statistiques

La Chine est le pays le plus peuplé du monde et le troisième par sa superficie (9,6 millions de kilomètres carrés). Plus de 80 % de la population est concentrée dans la moitié orientale du pays, en particulier dans les provinces côtières. Entouré de 13 pays limitrophes, dont l’Inde, le Pakistan et la Russie, la Chine a une immense importance politique et économique. C’est la seule puissance nucléaire asiatique encore signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ; la Chine dispose d’une capacité avérée de missiles balistiques à longue portée.

Les réformes économiques qui ont commencé à la fin des années 1970 ont transformé la Chine en une « locomotive » de l’économie mondiale. Quelques 1 000 milliards de dollars d’IDI (Investissements Directs internationaux) sont entrés en Chine, qui a exporté plus de 2 milliards de USD en marchandises par an depuis 2012.
Toutefois, la population active a cessé de croître dans la région de l’Atlantique dans les années 2010’, conséquence directe de la politique de l’enfant unique introduite en 1979 et qui n’a été réduite qu’en 2016.
Pendant ce temps, les efforts du gouvernement central pour s’attaquer à des problèmes allant de la pollution, de la corruption, du déclin industriel à la réforme du système énergétique, demeurent ambitieuses et en sont encore à leurs débuts.

 

Il est certes difficile de se fier totalement à cette analyse de D&B qui ne traite que des relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis alors qu’on sait les Chinois très actifs avec l’Europe, le reste de l’Asie et l’Afrique. On peut donc enrichir ce point de vue avec des analyses économiques complémentaires.

La rédaction
La rédaction
La rédaction est composée de plusieurs collaborateurs du Groupe Altares qui sont spécialisés dans leurs domaines respectifs (data science, data marketing, data intelligence, etc.) et qui partagent l'envie de faire part de leur passion de la Data à nos lecteurs.

Vous aimerez aussi...

X