Etude – Défaillances d’entreprises T1-2018: Le meilleur 1er trimestre depuis 10 ans !

14300 défaillances d’entreprises ont été ouvertes ce 1er trimestre 2018 (-8,7% vs T1 2017)

En début d’année 2008, la sinistralité des entreprises augmentait de 4,6% pour atteindre 14 000 défaillances, un plafond qui n’avait pas été franchi durant dix ans, depuis le premier trimestre 1997 (16500).
Une décennie globalement favorable allait faire place à une décennie plus douloureuse.
Il aura fallu attendre dix ans pour entrevoir la fin d’une longue période de récession pour qu’enfin, sur ces trois premiers mois 2018, le nombre de défaillances d’entreprises recule de 8,7% à 14 300.
Plus des deux tiers (69,7%) des jugements portent sur des liquidations judiciaires directes dont le nombre tombe enfin sous le seuil des 10 000. 28,4% sont des redressements judiciaires tandis que les sauvegardes ne décollent pas et représentent toujours 2% de l’ensemble des procédures.

L’essentiel des procédures (94%)concerne des TPE de moins de 10 salariés ; les trois quarts comptent même moins de 3 salariés. Ces entreprises de petite taille se présentent devant le tribunal dans une situation souvent très délicate, c’est pourquoi la plupart sont immédiatement placées en liquidation judiciaire. C’est le cas de 74% des structures de moins de trois salariés ou 66% de celles comptant 3 à 5 salariés, et 59% pour les TPE de 6 à 9 salariés.
A l’inverse, si près de la moitié (48%) des PME de 10 à 19 salariés risque d’être immédiatement liquidée, ce taux tombe ensuite progressivement pour atteindre moins d’une sur dix pour les plus grandes PME (au-delà de 100 salariés).

“Durant huit années de 2009 à 2016, plus de 17 000 entreprises connaissaient la défaillance chaque premier trimestre. Début 2017 avait marqué une rupture en tombant sous les 16 000 défaillances. Avec 14 300 jugements prononcés ce premier trimestre, 2018 consolide l’amélioration et se rapproche des 14 000 procédures des trois premiers mois 2008. Il y a dix ans, la sinistralité augmentait de 5%, désormais elle recule de près de 9%.” Rappelle Thierry Millon, Directeur des études Altares.

Le nombre d’emplois menacés tombe à 44000 soit 22000 de moins qu’il y a seulement trois ans.

Sur la première moitié de la décennie de crise, les PME étaient particulièrement vulnérables ; le taux d’emplois menacés par entreprise en défaut était alors supérieur à 4. Ce taux s’est ensuite progressivement contracté à partir de 2014, non pas qu’il y avait moins de défaillances mais ces dernières touchaient désormais davantage les TPE. Sur ce premier trimestre 2018, le rapport est de 3,1 soit 44 000 emplois menacés pour 14300 entreprises défaillantes. Ce début 2018 a permis d’épargner 20 000 emplois par rapport aux 66 200 menacés il y a seulement trois ans.

« La période de crise nous avait habitué à comptabiliser en moyenne chaque premier trimestre plus de 60 000 emplois menacés par les procédures collectives ; la meilleure résistance des entreprises se traduit par une moindre destruction d’emploi. Il y a seulement trois ans, sur le premier trimestre 2015, plus de 66 000 emplois étaient menacés ; sur ce début d’année 2018 nous en comptabilisons 44 000, soit un tiers d’emplois sauvés. » affirme T. Millon.

Régions et secteurs d’activités: l’embellie est sur tous les fronts.

C’est l’Ile-de-France qui, paradoxalement, ralentit la performance nationale. La première région économique concentre un peu plus d’une défaillance sur cinq. Elle influence, par conséquent, fortement la tendance globale. Or le nombre de défaillances d’entreprises francilienne se stabilise juste sous les 3200 procédures.
En dehors de ce cas particulier, toutes les nouvelles régions métropolitaines sont dans le vert voire toutes proches des valeurs du premier trimestre 2008. C’est particulièrement le cas de Centre- Val de Loire qui retrouve une situation de début 2007.

Pour ce qui est des secteurs d’activité, il y a des constantes et des surprises: près d’une défaillance sur deux est prononcée dans les activités de la construction et du commerce. Or ces secteurs affichent des procédures en recul de respectivement -9% et -10% ; leur bonne santé porte la tendance générale.
Le bâtiment est ainsi très bien orienté avec des baisses supérieures à 10% dans le gros œuvre comme en maçonnerie générale et dans le second œuvre. Les travaux publics sont également dans le vert, toutefois si les redressements judiciaires sont moins nombreux, les liquidations directes sont en revanche en augmentation.
Le commerce interentreprises et celui de la vente au détail s’inscrivent sur des améliorations très sensibles et l’industrie poursuit un redressement (-9%) amorcé depuis de nombreux trimestres en production manufacturière.
Le compteur des transports est dans le rouge, plombé ce trimestre encore par l’activité de taxis. Les défaillances d’entreprises y sont deux fois plus nombreuses qu’un an plus tôt dépassant largement le cap des 100 dépôts de bilan (144).
Mais c’est sans doute de l’agriculture que viennent les tendances les plus encourageantes. Il y a un an le nombre de défaillances de structures agricoles augmentait de près de 20% ; sur ce premier trimestre 2018 elles reculent de 17%.  L’élevage (-21%) efface même la forte dégradation de début 2017 (+21%). Précisons par ailleurs que l’agriculture est un secteur présentant le taux de liquidations judiciaires directe le plus faible toute activité confondue.

Conclusion

 « L’incertitude quant à la réalité de la reprise est levée, elle fait désormais place à l’incertitude sur la dynamique de la croissance.

1,7%, 1,9%, 2%, 2,2% ! Certes le débat est sérieux mais la réalité de l’économie est aussi celle des entrepreneurs qui, au quotidien, doivent trouver des clients, rassurer des fournisseurs, recruter des collaborateurs et convaincre des prêteurs. Les trois quarts des défaillances de ce trimestre concernent encore des microentreprises de moins de trois salariés dont les prévisions de business vont difficilement au-delà de quelques semaines. La baisse de la sinistralité est une excellente nouvelle pour l’économie et l’emploi, toutefois le risque commercial demeure. Si le potentiel économique, voire l’action publique, est favorable dans les métropoles et les villes moyennes, la dynamique est moins résistante ailleurs, en ruralité notamment. Par ailleurs, si toutes les régions ont rebasculé dans le vert au fil des trimestres, les plus industrielles d’entre elles portent toujours les stigmates de la crise. La croissance est bien là, voisine de 2%, mais encore plus de 50 000 entreprises déposeront le bilan en 2018. » conclut Thierry Millon.

 

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Thierry Millon
Thierry Millon
Directeur des études chez Altares D&B
Spécialiste des données et informations BtoB Thierry possède une connaissance pointue sur l’univers des entreprises, allant des sociétés du CAC 40 jusqu’aux TPE. Il intervient régulièrement comme expert et conseil auprès de nombreuses organisations professionnelles, d’organismes publics et de medias. Dès la fin des années 80, Il participe à la création d’une des premières bases de données d’information sur les entreprises avant d’intégrer quelques années après le groupe Dun & Bradstreet.

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