Etude Altares – Comportements de paiement des entreprises en France et en Europe aux 1e et 2e trimestres 2018

Les paiements se durcissent de nouveau en Europe.

La recrudescence des retards de règlement de plus de 30 jours, notamment au Royaume-Uni et en Italie, repousse la moyenne européenne au-delà de 13 jours. La France conserve son fauteuil de numéro 3 en Europe même si les délais s’allongent sensiblement dans le secteur public

Après avoir approché 15 jours de 2013 à 2015, les retards de paiement des entreprises européennes ont reculé progressivement jusqu’à passer sous le seuil des 13 jours en début d’année 2018. Mais, le deuxième trimestre refroidit l’enthousiasme des fournisseurs et sous-traitants ; les règlements sont de nouveau décalés de plus de 13 jours. Moins d’un client européen sur deux (46,1%) paye l’ensemble de ses factures à l’heure.

Les comportements de paiement en Europe

En Europe, les relations interentreprises se tendent de nouveau. Sur le deuxième trimestre 2018, 8,3% des clients dépassaient la date de paiement des factures de plus d’un mois. En début d’année, cette proportion était tombée à 8.1%, un taux au plus bas depuis six ans.

Au Royaume-Uni, 8% des organisations payent avec des retards supérieurs à 30 jours. Avant crise, ce taux était de 6%. Les comportements de paiement s’étaient dégradés sévèrement en 2008 – 2009, jusqu’à porter la proportion de grands retards au-delà de 13 %. Depuis, le taux avait fluctué entre 9% et 13% mais s’inscrivait sur une tendance baissière depuis l’été 2016, se rapprochant de 7% fin 2017 et début 2018. Le retournement du deuxième trimestre 2018 à 8%, illustre les difficultés rencontrées par les entreprises britanniques, plus particulièrement dans le commerce de détail.

L’Italie s’inscrit également sur une tendance défavorable ce deuxième trimestre et affiche un taux élevé de grands retards. 14% des structures italiennes payent leurs factures avec plus de 30 jours de retard (13,5% en T1), un taux d’autant plus décevant que les délais pratiqués en Italie sont bien au-delà de 60 jours, voire 90 jours.

Le Portugal est le champion des grands retards. En moyenne depuis début 2016, 19% de clients privés ou publics décalent leurs règlements de plus de 30 jours. Ce taux a même grimpé à plus de 26 % en 2013. Le pays est donc un habitué des grands retards sans, toutefois, contribuer défavorablement à la tendance européenne sur le deuxième trimestre (18.8% contre 19.2% en T1).

L’Espagne peine également à résister à la fragilité conjoncturelle. Les entreprises espagnoles peuvent s’enorgueillir d’être, depuis fin 2016, majoritairement vertueuses, mais elles sont moins nombreuses sur ce deuxième trimestre. Près de 56% payaient leurs fournisseurs à l’heure fin 2017, elles ne sont plus que 51% désormais. Elles sont dans le même temps légèrement plus nombreuses que la moyenne européenne (8,7% contre 8,6%) à différer leurs règlements au-delà de 30 jours après l’échéance.

Focus France : les règlements se tendent dans le secteur public.

La France a touché en début d’année un plus bas historique à 10,7 jours de retard. Cette performance s’est maintenue sur le deuxième trimestre, essentiellement grâce aux petites structures de moins de 20 salariés. Chez les clients comptant plus de 20 salariés ou agents, les comportements de paiement se dégradent sensiblement ; les retards de règlement repassent au-dessus de 11 jours.

Des tensions se font jour dans le secteur privé mais c’est davantage dans le secteur public que les dérapages sont les plus visibles.

Dans le secteur privé, les artisans et commerçants, les sociétés civiles ou les associations présentent des indicateurs de paiement plutôt stables ce deuxième trimestre. En revanche, les relations se tendent un peu pour les sociétés commerciales, moins nombreuses qu’en début d’année à payer leurs fournisseurs à l’heure.

Dans le secteur public, les comportements de paiement ont globalement tendance à se dégrader sur le deuxième trimestre 2018. Les petites collectivités territoriales sont les plus nombreuses à respecter les échéances de règlement. En revanche, les collectivités comptant plus de 20 collaborateurs sont à peine plus d’une sur dix (11%) à ne présenter aucun retard, un taux en baisse rapide (-3%) par rapport au début d’année.

Dans les Etablissements Publics administratifs, plus d’un tiers (34,5%) des acteurs employant moins de 20 agents payent à l’heure, une proportion en légère hausse. Mais c’est chez les Etablissement Publics à caractère Industriel et Commercial (EPIC) et l’Administration de l’Etat que la dégradation est la plus forte.

Conclusion :

« Après l’enthousiasme de 2017 et une croissance française à 2,2%, le premier semestre 2018 a marqué le pas. Sur chacun des deux premiers trimestres, le PIB gagne moins de 0,2%. Le ralentissement, également sensible chez les partenaires internationaux des entreprises françaises, notamment en zone Euro, pourrait se poursuivre dans les mois à venir. Dans ce contexte, les recettes, qu’elles soient commerciales pour les entreprises ou fiscales pour les Etats, devraient être moins élevées faisant craindre un durcissement des relations d’affaires pour préserver les trésoreries pour les uns et tenir les budgets pour les autres.

Les exportateurs vont devoir redoubler d’attention quant à la qualité de leurs clients, non seulement sur le grand international, mais aussi en Europe. La situation politique incertaine que traverse l’Italie actuellement, ou les incertitudes commerciales liées au Brexit au Royaume-Uni font peser un risque sur les comportements de paiement et le traitement des procédures de recouvrement. Le mauvais payeur ne dort toujours que d’un œil, prêt à organiser ses retards de paiement à la première occasion. » Thierry MILLON Directeur des études Altares

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Thierry Millon
Thierry Millon
Directeur des études chez Altares D&B
Spécialiste des données et informations BtoB Thierry possède une connaissance pointue sur l’univers des entreprises, allant des sociétés du CAC 40 jusqu’aux TPE. Il intervient régulièrement comme expert et conseil auprès de nombreuses organisations professionnelles, d’organismes publics et de medias. Dès la fin des années 80, Il participe à la création d’une des premières bases de données d’information sur les entreprises avant d’intégrer quelques années après le groupe Dun & Bradstreet.

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